Le 5 février 2026, Think Innov’, en étroite collaboration avec umantex, a eu le privilège d’organiser un dîner-conférence exceptionnel autour d’une discipline en pleine renaissance : le War Gaming (ou jeu de guerre).
Comment une méthode historique, née dans les états-majors militaires, peut-elle devenir aujourd’hui l’allié le plus puissant des dirigeants d’entreprise face à l’imprévisible ?
Pour répondre à cette question, nous avons accueilli deux experts de haut vol : le Colonel Sébastien de Peyret, Directeur général Adjoint de la Fondation de l’Armée de Terre, et Thomas Vallette, Directeur du Hub Innovation de Rupture chez Naval Group. Ensemble, ils ont démontré que « jouer sa stratégie » n’est pas un divertissement, mais une école de rigueur et un levier de transformation hors pair.
Quand la salle de conseil s’inspire de l’état-major
Longtemps perçu comme une pratique de niche réservée aux stratèges militaires, le War Gaming s’impose désormais comme une réponse directe à la complexité des marchés actuels. Comme l’a rappelé Sébastien de Peyret, cette discipline — dont les racines modernes remontent à 1871 — a pour vocation de confronter le décideur aux aléas, au temps long et, surtout, à l’adversité.
L’enjeu pour l’entreprise est clair : sortir du confort des présentations PowerPoint pour tester la résistance de ses plans de transformation dans un environnement simulé mais réaliste. Le War Gaming permet de rendre objective toute démarche d’analyse critique.
Trois piliers pour une gouvernance plus agile
Au fil des échanges, nos intervenants ont structuré la pertinence du War Gaming autour de trois dimensions clés pour les organisations.
1. Une école de raisonnement critique et d’objectivation
Le premier bénéfice du War Gaming est sa capacité à briser le biais de confirmation. En simulant la concurrence ou des ruptures de marché, les dirigeants sont forcés de voir les failles de leur propre business plan. Sébastien de Peyret a illustré cette puissance par un exemple historique marquant : les War Games de la marine américaine durant l’entre-deux-guerres avaient permis à Roosevelt d’anticiper presque tous les défis de la guerre du Pacifique (à l’exception des kamikazes). Jouer permet de poser les questions que l’on ne s’était jamais posées.
2. Le jeu comme médiateur de l’innovation de rupture
Pour Thomas Vallette, le War Gaming est un formidable outil de conception collective. Chez Naval Group, il sert de pont entre l’innovation technologique et la réalité du terrain. Comment concevoir le futur sans avoir encore la technologie en main ? En simulant les usages probables de demain. Cette méthode permet de co-créer avec les utilisateurs finaux, réduisant ainsi le fossé entre la vision stratégique et l’exécution opérationnelle. C’est un outil de prospective qui rend l’innovation tangible bien avant son déploiement.
3. Un levier unique de détection des talents
Le « jeu » est un révélateur. En plaçant des collaborateurs issus de métiers différents face à des décisions sous contrainte de ressources et de temps, le War Gaming permet d’identifier les talents naturels pour la gestion de crise et l’analyse critique. C’est aussi un outil de collecte de données massif. Sébastien de Peyret a cité l’exemple du Scorpion War Game : 15 jours de jeu avec 150 personnes génèrent une matière décisionnelle si riche qu’elle nécessite parfois 6 mois d’exploitation post-événement pour affiner la stratégie réelle.
Penser le conflit pour construire la performance
Ce qui a marqué les participants, c’est la capacité du War Gaming à transformer l’incertitude en une variable gérable. Loin d’être une simple simulation, c’est une véritable méthode de redirection stratégique.
L’approche défendue par nos intervenants est rigoureuse :
- Partir du réel pour modéliser des scénarios.
- Accepter la contradiction via des « équipes rouges » (l’adversaire).
- Apprendre de l’erreur dans un cadre sécurisé pour ne pas la reproduire sur le marché.
Think Innov’ : Cultiver l’intelligence stratégique
Ce dîner a rassemblé des décideurs et responsables innovation convaincus que la performance durable passe par une remise en question permanente. Fidèle à sa mission, Think Innov’ a offert un espace où la culture militaire et l’agilité industrielle se rencontrent pour nourrir la décision.
Comme l’a conclu Hélène Campourcy : « Savoir jouer sa stratégie avant de l’exécuter transforme chaque doute en opportunité réelle. » En période d’incertitude, le véritable luxe n’est pas d’avoir raison, mais d’avoir testé toutes les façons d’avoir tort.
Vers une gouvernance par le jeu
Cet échange avec Sébastien de Peyret et Thomas Vallette rappelle que le leadership de demain sera celui de l’agilité cognitive. Le War Gaming n’est plus une option, c’est une discipline de gouvernance pour ceux qui veulent diriger avec une longueur