INFRASTRUCTURES RÉSILIENTES, LA CLEF FACE AUX POLYCRISES ACTUELLES ET À VENIR
Dans un environnement économique marqué par l’instabilité climatique, les tensions géopolitiques et la pression sur les ressources, les acteurs de l’industrie sont plus fragilisés que jamais. Pour survivre et prospérer, ils doivent repenser les critères mêmes de leur performance.
Le 15 Octobre 2026, Think Innov’ recevait Tarik ChekChak pour un dîner exclusif pour explorer une solution d’avenir : le passage de l’infrastructure subie à l’infrastructure régénérative. Nous avons débattu avec l’un des plus grands experts français du vivant et du biomimétisme, pour transformer l’incertitude en opportunité stratégique.
Tarik Chekchak : L’expert qui réconcilie économie et écosystèmes
Reconnu pour sa capacité à s’inspirer des systèmes naturels pour résoudre des problématiques humaines complexes, Tarik Chekchak est une figure de proue des stratégies inspirées du vivant.
Son parcours est le reflet d’un engagement profond pour l’innovation durable :
- Directeur du pôle Stratégies Inspirées du Vivant à l’Institut des Futurs souhaitables.
- Ancien directeur du programme Sciences et Environnement de l’Équipe Cousteau pendant plus de 10 ans.
- Chef d’expéditions polaires depuis plus de 20 ans, une expérience de terrain qui nourrit sa vision de la résilience.
- Membre fondateur du CEEBIOS (Centre d’Excellence et d’Expertise en Biomimétisme).
Tarik accompagne aujourd’hui les organisations pour intégrer des modèles régénératifs, transformer leurs modes de production et redéfinir leurs critères de succès à travers le prisme de la biodiversité et de la permaculture.
L’Usine du XXIème siècle : De la fragilité à la régénération
Les usines, piliers de notre souveraineté nationale et européenne, font face à des défis inédits : gagner en légitimité locale, devenir plus robustes face aux chocs et pérenniser leurs chaînes de valeur.
C’est le terrain d’exploration du consortium Usines Vivantes. Ce projet unique réunit responsables industriels, économistes, écologues et designers pour redéfinir le cahier des charges de l’infrastructure moderne. Au cours du dîner, Tarik Chekchak reviendra sur la nécessité stratégique de concevoir des sites mieux ancrés dans leur territoire pour :
- Restaurer les écosystèmes dont les activités dépendent directement.
- Créer de la valeur multi-capitaux (naturel, financier, humain, social, intellectuel).
- Mieux engager les parties prenantes et améliorer l’acceptabilité locale.
Une méthodologie concrète : Le cas d’une plateforme de luxe
Loin des grands discours théoriques, Tarik Chekchak a partagé en exclusivité les contours de la méthodologie Usines Vivantes appliquée à un premier site concret : la plateforme logistique d’une grande marque de luxe dans l’Oise.
Ce cas d’étude illustre comment la science du vivant permet de piloter des sites de production avec une agilité nouvelle, en transformant les contraintes écologiques en leviers de performance industrielle.
Ce que nous avons retenu de ce diner:
Une usine peut-elle être performante si le territoire qui la fait vivre s’épuise ?
C’est une question qui m’est restée après notre dîner Think Innov’.
Nous avons appris à évaluer les infrastructures à partir de ce qu’elles produisent, de leurs coûts, de leur efficacité. Mais que se passe-t-il si l’on regarde aussi ce qui les rend possibles : l’eau, les sols, la biodiversité, les ressources et les liens avec le territoire ?
Le partage de Tarik CHEKCHAK m’a marquée sur un point : le vivant ne fonctionne pas seulement par la matière et l’énergie qu’il mobilise, mais aussi par les interactions entre ses éléments. Et si nous avions beaucoup à apprendre de cette logique pour concevoir nos industries ?
L’idée d’« usine vivante » déplace la question. Il ne s’agit plus seulement de réduire les impacts négatifs d’un site, mais de se demander comment il peut contribuer à la résilience du territoire : réguler l’eau et la chaleur, soutenir la biodiversité, créer des coopérations locales. Non comme une couche supplémentaire de responsabilité, mais comme une autre manière de penser la performance.
Une autre tension m’a interpellée : nous voulons inventer les règles du jeu de demain, tout en restant évalués selon celles d’hier. Comment investir dans la robustesse à long terme lorsque le retour immédiat reste le principal arbitre ? Et comment intégrer les externalités positives comme négatives sans réduire toute valeur à un équivalent financier ?
Il n’y a pas de réponse unique. Le contexte compte : une solution pertinente ici peut être contre-productive ailleurs. Cela suppose de regarder les territoires concrètement, de croiser les savoirs et d’associer des voix différentes aux décisions.
Ce que je retiens aussi de cette soirée, c’est la valeur du temps pris pour penser ensemble. Les échanges ont ouvert des pistes et déplacé les questions, sans chercher à refermer trop vite le débat.
Merci à Tarik Chekchak pour la richesse de son partage, et à tous les participants pour la qualité de la conversation.
Et si la performance de demain se mesurait aussi à ce qu’une entreprise permet au vivant humain et non humain de continuer à faire ?